F22_Raptor wrote:
En faite c'est jamais les russe qui gagne mais la russie.
C'est ce que Napoléon et notre orgueil national aimerait nous faire croire ...
Je viens de finir un gros pavé sur la campagne de 1812 vue du côté russe, et il en ressort que la stratégie russe de la terre brûlée et d'affaiblissement de l'armée française en lui refusant "la" bataille décisive avait été élaborée dès 1810. Les Russes avaient prévu des dépôts, des points de concentration de troupes sur les flancs de l'armée française, ... des mois avant que la Grande Armée franchisse le Niemen.
Bien sûr, tout n'a pas tourné comme prévu, et les Russes n'avaient pas eu l'intention de livrer Moscou aux flammes, pensant que la Grande Armée serait suffisamment affaiblie avant cela pour la détruire aux portes de Moscou. De même la logistique russe si soigneusement préparé n'a pas été totalement à la hauteur, entraînant une famine et des pertes dans les rangs de l'armée principale russe presque équivalentes à celles sévissant dans les rangs de la Grande Armée.
Mais, aussi tardive et lente qu'elle la constitution des armées secondaires sur les flancs français, et leurs marches sur les arrières de Napoléon, suivirent le plan tracé deux ans auparavant par Barclay de Tolly, Ministre de la Guerrre russe.
Et à la Bérézina, les Russes furent bien prêts de réussir leur pari: après avoir imposé à Napoléon "leur" style de guerre (c'est à dire une guerre longue, d'usure, au lieu de la bataille décisive et rapide recherchée par Napoléon), l'avoir suffisamment affaibli puis forcé à la retraite, ils parvinrent à le coincer avec les débris de son armée, entre trois de leurs armées et avec la Bérézina dont tous les ponts avaient été détruits dans le dos. Napoléon et ce qui restait de la Grande Armée étaient totalement pris au piège. Mais par des trésors de bravoure (sacrifice des Suisses à l'arrière-garde, "suicide" des pontonniers belges qui construisirent les fameux ponts en se jetant nus dans une eau glacée, jour de grâce du maréchal Victor, généralement médiocre mais qui ce jour-là se transcenda pour tenir à l'écart des ponts une des armées secondaires russes, ...) et de chance (découverte par le général Corbineau d'un gué praticable) la Grande Armée s'extirpa miraculeusement du piège. Ce qui ne fut pas le cas de milliers de traînards, dont beaucoup de civils ...
La Bérézina est souvent considérée, à tort, dans l'imagerie populaire, comme une défaite française, alors que c'est l'inverse: d'une situation désespérée, quasiment impossible, Napoléon parvint à extraire le noyau dur de son armée, et lui-même, lui permettant de ramener en Allemagne ce qui serait la base de la Grande Armée de 1813.
Le climat et l'immensité de la Russie jouèrent leur rôle dans l'anéantissement de la Grande Armée, mais il ne faut pas donner dans l'imagerie d'Epinal qui veut que les Russes furent sauver par l'Hiver: ils ont simplement intégré cette donnée dans un plan de défense depuis longtemps préparé et exécuté avec plus ou moins de succès sur le terrain.